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Qu’est-ce qu’une diététicienne épicurienne ?

11/05/2015

Nous sommes nombreux à associer le mot « épicurien » à la notion de plaisir. Combiné à « diététique », cela sonne comme deux termes opposés tant cette dernière peut évoquer fadeur et frustrations ! Comment cette philosophie millénaire inspire-t-elle un art de vivre à notre époque ? Remontons à la source…

 

L’épicurisme d’Épicure : une économie des plaisirs !

Dans l’imaginaire collectif, l’épicurien est ce « bon vivant » bien portant qui apprécie la bonne chair. C’est le gourmand, et même le glouton qui dévore les choses avec excès.

Sauf qu’à l’origine, c’est une toute autre idée qu’Épicure1 véhiculait : sa philosophie du plaisir est une philosophie de l’économie des plaisirs. « Le plaisir est une limite qui ne peut être dépassée sans se transformer immédiatement en douleur. Le plaisir est donc un bien par lui-même, mais un bien fragile, précaire, toujours menacé par une rupture d'harmonie. D'où un véritable calcul des plaisirs et une discipline ascétique que s'impose l'épicurien »2, on est loin de la gloutonnerie !

Tout plaisir n’est donc pas bon à prendre. Épicure va distinguer les désirs naturels et nécessaires (répondre aux besoins du corps : faim, soif, chaleur, protection…) à satisfaire pleinement, les désirs naturels et non nécessaires (c’est la recherche de l’agréable qui satisfait d’après la doctrine moins le corps que l’esprit - par exemple pour répondre à la soif, préférer à l’eau un thé parfumé… - cela dit en diététique ça se discute, mais nous y reviendrons plus loin !), et enfin les désirs artificiels (on cite la gloire, la richesse…) ou irréalisables (comme l’immortalité…). C’est finalement une doctrine sévère qui nous est proposée ! Nous sommes conviés à agir avec sobriété et à choisir les actions amenant l’absence de douleur en finalité.

Qu’est-ce que le plaisir pour Épicure au final ? C’est une forme de sérénité, une absence de souffrance et du corps (aponie), et de l’âme (ataraxie). La conscience de cette absence de douleur est source de plaisir, c’est le « souverain bien ».

 

Quand la diététique rencontre Épicure, qu’est-ce que ça donne ?

Une diététicienne épicurienne (moi-même !) incontournablement va mettre la notion de plaisir au cœur de ce qu’elle transmet. Attention, il ne s’agit pas de vous faire croire que vous atteindrez l’extase en mangeant une pomme alors que vous avez envie d’un carré de chocolat, mais bien de réhabiliter le plaisir de savourer ce qui va répondre à votre envie, sans la culpabilité liée aux croyances erronées sur la nourriture (qui a osé vous dire que les pommes ne faisaient pas grossir alors que le chocolat si ?! Il faut absolument que nous éclaircissions tout ça !...).

Le plaisir est un guide, il témoigne de la satisfaction de nos besoins : paix du corps (absence de faim), mes besoins sont satisfaits (c’est la satiété !). Si l’on écoute l’apaisement de la faim, que l’on sent le rassasiement, qu’on le respecte, on n’est pas dans le trop, on apporte à notre corps la juste dose d’énergie (calories) pour satisfaire ses besoins, et l’on régule son poids d’équilibre.

Là où l’on prend ses distances avec la philosophie d’Épicure, c’est dans la hiérarchisation des désirs et dans la considération des besoins psychiques comme « non nécessaires ». Aujourd’hui, on sait que notre cerveau traite tous les besoins, physiques et psychique, de manière équivalente, sans distinction ni discrimination. Inutile donc de tenter de les nier, nous ne ferions que nous couper d’une part de nous-même. Corps et âme, nous formons un tout, indissociable, entremêlé, et nos envies alimentaires traduisent des besoins légitimes en provenance de tout notre être (sens, tête, cœur, corps). En pratique : si c’est de chocolat dont vous avez envie, mangez-le ! La pomme ne satisfait pas les mêmes besoins. Et savourez-le, il ne vous en fera que plus de bien…

Le « souverain bien », c’est la sérénité : sérénité du corps (je ne l’affame pas ni ne le surcharge de nourriture) et de l’âme (j’observe mes envies et je réponds joyeusement à celles qui ne seront pas source de déplaisir – c’est pourquoi je ne vais peut-être pas reprendre une deuxième part de gâteau, au risque que ma nuit se transforme en une interminable indigestion…). Cette sérénité, paisible, tempérée, peut lorsque nous en prenons pleinement conscience devenir un grand bonheur. Cela dit, nous sommes aussi équipés pour gérer les excès qui font partie de la vie ; revenir à notre écoute régulièrement permet de retrouver l’équilibre.

 

Le mangeur épicurien choisis donc ses plaisirs alimentaires de sorte à ne pas générer de déplaisir. Il est à l’écoute de ses besoins, connait ses limites et fait ses choix en connaissance. Les clés de sa régulation : l’attention qu’il porte au goût des mets qu’il savoure et sa capacité à laisser ce qui ne lui procure pas de plaisir suffisamment intense. Bref : il ne garde que le meilleur. N’est-ce pas une jolie diète ? ;-)

 

 

1 Épicure : philosophe grec (341-270 avant J.-C.).

2 Source : http://www.larousse.fr/encyclopedie/personnage/%C3%89picure/118204

 

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